La Rivalité… moteur d’excellence ?

« La Rivalité… moteur d’excellence ? »

La chronique d’Éléna Fourès, expert en leadership et multiculturalité, fondatrice du cabinet IDEM PER IDEM.
elena.foures@idem-per-idem.com

Toute compétition inclut un phénomène de concurrence, car son but est la victoire du meilleur. Comme la Lune, la concurrence entre les humains est un astre lumineux qui a une face cachée : la Rivalité. Il en existe deux formes :

1.    La première est saine, bénigne : la Rivalité constructive.

Quasi sportive, elle est inhérente à toute forme de compétition : « La rivalité stimule les hommes, l’égalité les décourage, l’inaccessible les désespère », selon un proverbe français. En biologie, la compétition entre les espèces est une loi universelle, et le principe de la sélection naturelle vise la survie des meilleurs.

Si la compétition est un mécanisme naturel visant à faire émerger l’excellence, la Rivalité constructive en serait le moteur. Elle élève les hommes et les femmes dans leur quête de l’excellence, et les pousse à se surpasser. Animée par l’ambition, véritable carburant individuel ou collectif (on le voit dans les sports d’équipe, les orchestres, les laboratoires scientifiques), la Rivalité constructive caractérise ceux qui « jouent » dans la « Ligue des champions ». Autrement dit, elle constitue un marqueur stable d’excellence professionnelle.

Ce type de Rivalité est généralement circonscrit dans le temps : durant une période de championnat, de concours artistique, d’appel d’offres, bref, d’épreuve concrète. Il génère des comportements dits « écologiques », parmi lesquels le savoir perdre – c’est-à-dire savoir accepter sa défaite et se préparer à gagner l’épreuve future – est primordial. La Rivalité constructive concerne et se base sur le « faire » mais n’atteint pas le niveau de l’« être » ou de l’identité : « J’ai perdu le match, mais je suis un champion ».

2.    La deuxième est malsaine, pour ne pas dire maligne : la Rivalité destructrice.

Elle tend à abaisser les concurrents au lieu de les élever, pousse à tricher, à nuire, à tisser des intrigues, à contourner voire même briser les règles de la concurrence saine. « La Rivalité, sœur de l’Envie et de la Jalousie ronge le cœur de l’homme avec elles. », disait Pierre-Claude-Victor Boiste. Les comportements typiques de la Rivalité destructrice sont caractérisés par des intrigues de toutes sortes et des tricheries diverses.

Henri Frédéric Amiel décrit bien l’illusion du bien-fondé de ce type de rivalité : « Les bonnes paroles ne sont qu’un stratagème, la cordialité qu’une grimace, la sympathie qu’une feinte. Pouah ! — Déesse jalouse que la gloire ! Elle demande l’immolation de tout le reste ; du moins ainsi le croient les artistes en majorité. » L’objectif n’est pas la croissance, mais bien la destruction, ce qui signifie que ce n’est pas une stratégie « écologique ». En fait, les comportements relevant de la Rivalité destructrice marquent généralement la non appartenance à la Ligue de champions, donc la non excellence de ceux qui les manifestent.

A la différence de la Rivalité constructive, la Rivalité destructrice est plus diffuse dans le temps, plus transversale, sans frontières temporelles claires. Elle reste rémanente des années après la défaite. Maligne, elle ronge l’identité et touche le niveau de l’être : « je suis nul(le), moins bon(ne) que X, je ne pourrai jamais gagner contre lui/elle qui est meilleur(e) ! ». Elle révèle en fait un manque de légitimité interne et de confiance en soi.

Je clôturerai cette réflexion sur une citation de George Sand : « La rivalité… est un stimulant qui décuple les facultés humaines. ». Alors faites le repérage de ceux dans votre entourage qui sont des rivaux « sains » et qui vous inspirent à donner le meilleur de vous-même !

A FAIRE

1// Apprendre à perdre
Un bon « joueur », un bon sportif a appris à bien perdre, donc à accepter sa défaite. C’est un savoir-faire incontournable pour gagner. Montrez-moi la façon dont vous perdez et je vous dirais si vous êtes un bon professionnel, sportif, artiste… avec peu de marge d’erreur.

2// Contrôler sa « rage »
Attention à ce sentiment qui génère des émotions qui vous tirent vers le bas pendant que vous acceptez les faits (j’ai perdu). Il est primordial, pour passer à autre chose, de switcher en tirant les leçons de la défaite, et de vous préparer à la prochaine victoire.

3// Séparer le « faire » et l’« être »
Ce sont des  « étages » sémantiques différents : on se donne le droit de mal faire parfois, d’échouer temporairement. Comme Einstein, vous devez vous considérer toujours comme excellent(e) de façon stable.

A EVITER

1// Se laisser submerger par le négatif
C’est le cancer psychique qui vous fait somatiser, empoisonne la vie de votre entourage et fait ressortir les pires facettes de votre personnalité. Vous êtes entourés par meilleurs que vous ? Tant mieux, ils sont une inspiration et un levier pour les dépasser.

2// Ressasser la défaite
Rien de tel pour se saper le moral inutilement de façon destructrice. Dites-vous que perdre une bataille ne signifie pas perdre la guerre. Inspirez-vous des jeunes enfants et de leur incroyable résilience : malgré d’innombrables chutes, ils finissent toujours par arriver à marcher seuls.

3// Modéliser les médiocres
Ce n’est pas parce que vous êtes entouré(e) par des personnes médiocres qu’il faut se comporter comme eux. Au contraire, démarquez-vous et éliminez les marqueurs de la médiocrité en vous élevant au niveau de jeu supérieur.

Lire l'article au format PDF

This entry was posted in ARTICLES ET INTERVIEWS, Presse. Bookmark the permalink.